Rolf Lyssy, défenseur du libre choix devant la mort

By Alexis 5 months ago
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Le réalisateur des «Faiseurs de Suisses» se saisit d’un sujet délicat pour sa prochaine comédie: l’aide au suicide. Membre d’Exit, il milite pour une libéralisation de l’accès à l’accompagnement vers la mort pour les personnes âgées

A 81 ans, Rolf Lyssy passe ses journées en studio d’enregistrement pour apporter la touche finale à son prochain film, Die letzte Pointe (La dernière chute). Le réalisateur a gagné une renommée bien au-delà des rives du lac de Zurich qui l’ont vu grandir, après la sortie du film Les Faiseurs de Suisses en 1978. Cette satire sur le parcours du combattant des candidats au passeport à croix blanche reste dans les annales comme le plus gros succès du cinéma suisse.

Exit en pleine réflexion

Quarante ans et une série d’autres films plus tard, comme Leo Sonnyboy et Teddy Bär, tous deux primés au Festival international du film de comédie de Vevey, Rolf Lyssy s’attaque à un nouveau sujet sensible: l’accompagnement au suicide. Il suit les péripéties de Gertrud, 89 ans, prise d’une peur panique de tomber dans la démence et de ne plus pouvoir choisir l’heure de sa mort. «On peut écrire des comédies sur tous les sujets. La question, c’est comment. Car il n’y a rien de plus difficile», dit-il. De refus en réécritures, il lui aura fallu dix ans pour faire aboutir son nouveau film. L’octogénaire jubile: «La Suisse est l’un des rares pays où l’aide au suicide est autorisée. C’est une chance unique de réaliser un film sur ce thème.» Pour le réalisateur, c’est aussi une affaire personnelle. Membre d’Exit depuis 1995, il milite au sein de l’organisation, aux côtés d’autres personnalités zurichoises, pour faciliter l’accès à l’accompagnement vers la mort.

Son film sortira sur les écrans alémaniques en novembre, alors même que l’organisation traverse une profonde remise en question. L’aile la plus libérale d’Exit réclame de laisser les personnes âgées choisir de partir, quel que soit leur état de santé. Ses membres se sont donné un an pour examiner les conditions légales, politiques et juridiques d’une libéralisation de ses pratiques.

Un débat qui s’annonce houleux

La loi suisse n’autorise pas explicitement l’aide au suicide, mais ne la punit pas lorsqu’elle intervient «sans mobile égoïste», auprès d’individus en pleine conscience de leurs actes. Exit a élaboré ses propres conditions, plus restrictives: les candidats à un accompagnement doivent souffrir d’une maladie incurable, d’invalidité importante ou de «polypathologies invalidantes» (multiples handicaps liés à l’âge, sans conséquences mortelles, mais qui altèrent le quotidien).

Le débat ne fait que commencer, mais il promet d’être houleux: les plus radicaux estiment qu’un individu doit pouvoir se rendre seul à la pharmacie pour obtenir du pentobarbital sans ordonnance. Pour Rolf Lyssy, cette idée va «trop loin». Mais le réalisateur plaide pour «moins de bureaucratie» dans le processus d’accompagnement vers la mort. A ses yeux, les individus qui souhaitent recourir à Exit devraient pouvoir se passer de l’ordonnance d’un médecin et accéder au poison mortel au travers de la personne qui les accompagnera vers la mort. Son obsession: l’autodétermination. «Je vivrai tant que j’en aurai envie et que j’estimerai que ma vie vaut la peine d’être vécue.»

La peur d’éveiller les opposants

Mais les propositions des anciens ne font pas l’unanimité au sein même d’Exit. Certains redoutent d’éveiller la colère des milieux opposés au suicide assisté. D’autres estiment qu’une libéralisation donne aux seniors le sentiment que l’âge seul est un motif valable de suicide. Alors que les chiffres des accompagnements au suicide ne cessent d’augmenter, court-on le risque de pousser les plus vulnérables vers la sortie? Rolf Lyssy ne partage pas cette inquiétude. «Sur le terrain, on constate que les activités d’Exit n’ont pas d’effet incitatif. Ce type de décision ne se prend pas du jour au lendemain. C’est un long processus, mûrement réfléchi, au cours duquel il faut prouver que l’on souhaite vraiment mourir.»

Profonde dépression

Des pensées suicidaires, le réalisateur en a connu chaque jour à une période de sa vie. En 1998, à 62 ans, sa femme vient de le quitter, un projet de film reste paralysé, il sombre dans une profonde dépression dont il mettra six mois à sortir. «Penser à mes proches, à mon fils, m’a retenu de passer à l’acte», dit-il aujourd’hui. Il en garde la conviction qu’il est possible de guérir d’une dépression avec un traitement psychiatrique et des médicaments. «Mais certaines personnes n’en sortent jamais et se tuent. Si aucun traitement ne fonctionne et qu’elles sont déterminées à mourir, quitte à se jeter sous un train, ces personnes devraient pouvoir bénéficier d’un accompagnement plutôt que d’être livrées à une mort violente.»

Pour Rolf Lyssy, la mort idéale est celle qu’a vécue son père. «Il était sur son canapé, il a demandé à sa femme ce qu’il y avait à la télévision le soir. Le temps qu’elle se retourne pour saisir le programme TV, il s’en était allé, frappé par un arrêt cardiaque, sans souffrance.»

Source : https://www.letemps.ch/suisse/2017/06/23/rolf-lyssy-defenseur-libre-choix-devant-mort

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