Face au suicide assisté, le personnel doit être soutenu

By Alexis 7 months ago
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Un patient des HUG s’est récemment donné la mort dans son lit. Lieu de soins par excellence ayant pour mission de sauver des vies, l’Hôpital ne va pas pour autant devenir un endroit où l’on vient dans le but de mourir: seuls deux suicides assistés ont eu lieu depuis 2006, date qui autorise la venue d’Exit dans les HUG (notre édition du 8 juillet). Qu’en est-il des établissements médico-sociaux (EMS)? Y fait-on preuve de plus d’ouverture envers Exit qu’aux HUG? «Après deux ans et demi de réflexion sur la pertinence de notre politique, notre conseil d’éthique vient de publier de nouvelles recommandations relatives à l’assistance au suicide en EMS», informe le Dr François Loew, qui préside cet organe de la Fédération genevoise des établissements médico-sociaux (Fegems). «Il ne s’agit pas d’un guide au suicide, précise Anne-Laure Repond, secrétaire générale de la Fegems, qui regroupe 44 EMS. C’est un cadre de référence visant à mieux soutenir les professionnels du terrain face au dilemme éthique fondamental auquel les confronte l’expression du désir de mourir d’une résidante ou d’un résidant.» Capacité de discernement Le droit de choisir sa mort devient un enjeu de société et les questions liées à la fin de vie en général font débat. Les EMS n’y échappent pas. «Nous en sommes à notre troisième édition des recommandations en quinze ans, signe que la question est en constante évolution et qu’elle continue de nous interpeller», note AnneLaure Repond. La Fegems ne tient cependant pas de statistiques sur le sujet. Les premières recommandations de cette association faîtière, éditées en 2002, avaient une portée très générale, axée sur l’autonomie et le droit à l’autodétermination de la personne. La version revisitée de 2009 se voulait, elle, un outil de bonnes pratiques à l’usage des professionnels, des ré- sidants et de leurs proches. Face à l’assouplissement des conditions d’accès au suicide assisté entamé par Exit – après avoir limité son aide aux personnes atteintes d’un mal incurable, l’association s’est ouverte aux seniors qui supportent des souffrances importantes – la dernière mouture répond à un impératif d’actualisation. Elle ré- pond aussi à un besoin d’adaptation aux directives médico-éthiques de l’Académie suisse des sciences médicales concernant le devoir de diligence des professionnels, l’importance de l’avis des médecins et la capacité de discernement de la personne. Eviter la précipitation Mais comment accueillir au mieux une demande d’assistance au suicide en EMS? Quelle attitude adopter en cas d’acceptation? Comment communiquer? Quelles sont les responsabilités de l’établissement? «Tout en s’appuyant sur les soins palliatifs et les dispositions anticipées de fin de vie, les recommandations 2017 réaffirment la liberté ultime du résidant capable de discernement», indique François Loew. Cependant, prévient-il, «le risque d’une banalisation de l’assistance au suicide existe, en contradiction avec la mission première du soignant. La transgression du respect de la vie doit ainsi être justifiée, non seulement par l’observation des bonnes pratiques professionnelles, mais aussi par égard pour la volonté de la personne capable de discernement.» Autre point fondamental du dernier document: la communication. «Cela se traduit par une écoute attentive de la personne qui exprime le désir de mourir, l’exploration avec elle de sa souffrance existentielle et des alternatives au suicide, détaille le spécialiste. Dans un processus de ré- flexion pour éviter la précipitation, vérifier la volonté de la personne et s’assurer qu’elle ne subit pas de pression extérieure.» Le suicide assisté ne peut se faire dans la clandestinité, même au nom d’une stricte confidentialité, préconise encore le Dr Loew: «Le secret est problématique pour l’équipe interdisciplinaire et dommageable pour les autres résidants.» Et d’ajouter: «L’augmentation du nombre de personnes âgées en situation de dépendance, de celles souffrant de troubles cognitifs et d’une possible incapacité de discernement, la pression économique et financière ou le regard que les personnes âgées portent sur leur fin de vie sont autant d’éléments qui invitent à davantage de réflexion éthique.» Obligation légale? D’une manière générale, les professionnels de la santé restent divisés sur l’assistance au suicide. «On peut difficilement demander à un soignant, qui a pour rôle de maintenir en vie, d’être partenaire d’un suicide assisté, estime Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’Association genevoise des établissements médico-sociaux (Agems), dotée de 9 établissements. Mais il vaut mieux aider un aîné, qui le souhaite, à partir dignement plutôt qu’il ne se tire une balle dans la tête ou qu’il saute de la fenêtre d’un EMS!» Jean-Marc Guinchard n’est cependant pas favorable à ce que l’on impose une obligation légale à tous les EMS (lire ci-contre): «Il faut leur laisser de l’autonomie. Il n’est pas judicieux de forcer la main à un établissement dont le suicide assisté va complètement à l’encontre de ses valeurs.»

 

Source : tdg.ch

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