“Sans cette porte de sortie, je serais profondément déprimée”

By Alexis 3 months ago
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Lorsque son cancer a récidivé il y a 4 ans, Françoise a décidé de monter un dossier d’euthanasie en Belgique. Une pratique interdite en France, à son grand regret. Témoignage.

En 2001, j’ai eu un cancer ORL (oto-rhino-laryngologique). J’avais 40 ans et mes enfants étaient âgés de 12, 17 et 19 ans. Je me suis battue contre la maladie, malgré les multiples opérations. Je ne pensais pas à la mort, car je devais être là pour mes enfants que j’élevais seule. Ma rémission a duré douze ans, puis la maladie a récidivé.

Le cancer est revenu à plusieurs endroits de mon visage, me forçant à subir de nombreuses opérations depuis 2013 (poumons, cou, nez, front, coin de l’oeil…) me forçant à réfléchir quant à ma fin de vie.

“Un dernier soin”

Selon Jean Leonetti, le suicide est un droit fondamental, mais on ne peut pas demander à la société de nous aider à le faire. Or, en France, pour les personnes condamnées par la maladie qui ne souhaitent pas continuer à vivre, il n’existe aucune solution autre que le fusil, la corde ou le train… Des méthodes violentes pour nous comme pour nos proches.

On nous a enlevé toute possibilité de nous suicider sans violence. Les médicaments ou cocktails efficaces ont été depuis longtemps retiré de la vente en pharmacie, sans prendre en considération les gens du peuple. Les gens privilégiés ayant les moyens pourront toujours, quand ils seront en fin de vie, se rendre à l’étranger, dans des pays où l’euthanasie est permise (BelgiquePays-Bas, Suisse, Luxembourg).

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Puisque l’euthanasie est interdite en France, je me suis renseignée pour la Belgique. Lorsque les malades réunissent tous les critères (maladie incurable, souffrance physique et psychique, etc.), les médecins peuvent les accompagner pour un “dernier soin” en les aidant à mourir rapidement et sans souffrance.

C’est ainsi que j’ai décidé de constituer mon dossier. Une démarche qui m’a pris trois ans et que j’ai faite par choix et par anticipation, car je pourrais ne plus être en mesure de le faire plus tard.

“En paix avec moi-même”

Ma maladie me permet encore de marcher, de me servir de mes bras et de ma tête. Mais le jour où ma condition physique se dégradera et qu’il n’y a plus d’échappatoire, je pourrais fixer un rendez-vous pour réserver une chambre. Les médecins m’accueilleront alors pour mettre fin à mes souffrances et m’accompagner. Ils ont déjà été avertis et m’ont même demandé le type de cérémonie ou rituel que je souhaitais pour ce jour particulier. Tout sera mis en oeuvre pour que je sois en paix avec moi-même.

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Savoir que cette fin de vie est possible est une véritable libération pour moi. Plutôt que de souffrir pendant des jours ou des semaines, je préfère une injection létale, qui ne prend que quelques secondes. Je ne supporte ma maladie seulement parce que je sais que je peux aller mourir en Belgique. Sans cette porte de sortie, je serais profondément déprimée.

Une famille compréhensive

Évidemment, je ne suis pas contre les soins palliatifs et la sédation profonde. Ce sont des avancées, mais qui doivent rester des options pour celles et ceux qui le souhaitent. De plus, pour les cas de sédation profonde, l’entourage ne perçoit pas les douleurs du malade, mais qu’en est-il de lui? Pour le moment, personne n’est en mesure de dire avec certitude que le malade ne ressent pas la douleur. Nous ne laissons pas nos animaux souffrir ainsi. Pourtant, la loi n’accorde pas le droit à nos amis, nos parents, les membres de nos familles de mourir dans la dignité.

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Mes proches sont par ailleurs tous au courant de ma situation et ils la comprennent. Dans notre famille, chacun est libre de ses choix et respecte ceux des autres. Ils sont évidemment tristes de savoir que je dois partir, mais le seraient encore plus de me voir m’éteindre dans l’agonie, prise au piège, sans pouvoir y faire quoi que ce soit.

Aujourd’hui, au lieu de pleurer sur mon sort, je profite de chaque instant, car je sais que je pourrais m’en aller lorsque je n’en pourrais plus. Avoir préparé ma fin m’a donné des ailes.

Françoise a témoigné pour une pétition publiée sur Change.org, déjà signée par plus de 200 000 personnes. Selon un sondage Ifop, publié en mars dernier, 95% des Français sont favorables au droit à l’euthanasie. 

 

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/euthanasie-sans-cette-porte-de-sortie-je-serai-profondement-deprimee_1942700.html

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