«C’est ça mourir dans la dignité»

By Alexis 2 months ago
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Interpellés par le débat actuel entourant l’aide médicale à mourir, les membres d’une famille ayant vécu le processus jusqu’au décès de leur mère en début d’année se font le devoir de raconter leur vécu, « une histoire de sérénité et de dignité ».

Jeanne Roy s’est éteinte à son domicile le 6 janvier dernier, à l’âge de 78 ans. Tout en douceur, allongée dans son lit et entourée des siens, on a mis fin aux souffrances innommables que lui causait notamment un virulent cancer des poumons. L’aide médicale à mourir était devenue l’ultime libération pour la dame qui ne parvenait même plus à se nourrir.

Six mois plus tard, quatre de ses enfants racontent ces derniers moments comme étant une des choses les plus humaines qu’ils ont vécue. Oui, ils vivent un deuil aujourd’hui, mais ils le qualifient tout simplement de « beau deuil ».

« Quand elle a vu rentrer le médecin dans la chambre, ses yeux sont devenus brillants et elle essayait de se lever pour lui prendre les mains », se rappelle Johanne Langlois, entourée de ses sœurs Linda et Andrée, ainsi que de son frère Pierre.

Après les derniers adieux, les paroles du docteur responsable de la cérémonie ont marqué la famille à jamais. « Le médecin lui flattait les mains et lui a dit “Jeanne, je vais t’ouvrir les portes du paradis”. C’était un vrai concentré d’amour et d’émotions », se rappelle Andrée.

Garder le contrôle

À l’automne précédant le décès de Mme Roy, c’est son fils Pierre qui avait abordé le premier la question avec elle. Encore troublé par le décès de son père à l’hôpital, l’homme ne voulait pas revivre ces moments difficiles.

« Je n’aime pas le principe de mourir à l’hôpital. C’est impersonnel, c’est froid. L’aide médicale à mourir lui permettait d’être ici, chez elle, jusqu’à la fin », explique Pierre, qui vivait avec sa mère et s’occupait d’elle depuis plusieurs années.

En choisissant l’aide médicale à mourir, la septuagénaire a donc pu « garder le contrôle sur sa vie » et, par le fait même, sa dignité jusqu’à la toute fin, insistent ses enfants. Choix de son urne, choix de l’endroit, choix de qui allait l’entourer et, surtout, choix du moment, les quatre enfants n’ont jamais regretté la décision finale de leur mère.

« On a eu le temps de tout se dire. On a pu se coller dans le lit avec elle l’un après l’autre, comme quand on était petits », confie Linda encore émue en repensant à ces moments en famille.

L’importance d’en parler

Leur mère étant l’une des rares Québécoises à avoir pu satisfaire à tous les critères de l’aide médicale à mourir (voir encadré), les Langlois trouvent important aujourd’hui de parler de ce qu’ils ont vécu.

« Quand on dit ça, il y a souvent un petit pas de recul, comme si ça faisait peur aux gens. Mais ils posent beaucoup de questions et c’est important qu’on réponde. Il faut en parler », insiste Pierre.

« Il faut le dire que c’est un vrai accompagnement de qualité, ajoute Johanne. Les médecins ne sont pas là juste pour la personne qui fait la demande, mais ils sont là pour toute la famille. »

 

L’AIDE MÉDICALE EN CHIFFRES AU QUÉBEC

(Données de la première année de mise en application de la loi : 10 décembre 2015 au 9 juin 2016)

  • 724 demandes soumises
  • 464 décès par aide médicale à mourir
  • 260 demandes non administrées*

*Les demandes non administrées peuvent l’être en raison d’un refus de la demande, d’un décès avant la procédure d’aide médicale à mourir ou en raison d’un changement d’avis du patient.

Principales raisons des dossiers refusés

  • Le patient n’est pas considéré en fin de vie
  • Il n’y a pas de douleurs physiques ou psychiques intolérables
  • Inaptitude du patient à consentir jusqu’à la fin

Conditions à remplir pour se qualifier

  • Être majeur
  • Être apte à consentir aux soins, c’est-à-dire être en mesure de comprendre la situation et les renseignements transmis par les professionnels de la santé ainsi que de prendre des décisions
  • Être en fin de vie
  • Être atteint d’une maladie grave et incurable
  • Avoir une situation médicale qui se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités
  • Éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions jugées tolérables

Source : Compilation par Le Journal des données provenant de 26 centres intégrés de santé et établissements

Source : http://www.journaldequebec.com/2017/09/30/cest-ca-mourir-dans-la-dignite

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