Lettre ouverte au Professeur Devalois

By Alexis 2 months ago
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Vous avez jugé bon d’apporter de longs commentaires à la diffusion de la mort annoncée de Madame Bert, que je ne connaissais  absolument pas personnellement, faut-il le préciser.

Il est toujours risqué, en France, d’oser dévoiler les pratiques des corporations et officines et en particulier celles d’un corps médical drapé dans sa toute puissance.

Au risque de l’erreur de jugement, il me semble déceler dans cette attitude  les motifs d’une mise en cause  préalable et indigne de la personne même de Madame Bert, qui va jusqu’à dénier l’avancée et la gravité de son mal du fait de « ses apparitions médiatiques permettant de penser qu’elle n’est pas actuellement dans une phase terminale de sa maladie ».

Votre article est du 21 septembre 2017, Anne Bert est décédée dans la nuit du  1er au 2 octobre 2017…….

Il est vrai en refusant d’attendre d’être devenue un corps déformé, asphyxié, martyrisé, suppliant qu’on l’écoute……..

Vous l’écrivez, d’ailleurs, sans états d’âme : « Elle veut que ce soit un médecin qui mette fin à ses jours, alors que rien ne le justifie  sur un plan médical puisqu’elle n’est pas en fin de vie  ni semble présenter un projet de souffrances réfractaires »

Il vous convient donc qu’il faille attendre la survenue des stades ultimes pour, qu’à votre seul jugement et estimation, soit accordée par une magnanimité grandiose,  la possibilité  de la sédation.

Merci Professeur !

Anne Bert, comme beaucoup d’autres a affronté la mort annoncée et a eu le magnifique courage de faire de cet affrontement  un  partage et un  combat, tant que ses forces le lui permettaient : ses apparitions médiatiques comme vous le dites avec tant de condescendance sont un testament et un message.

Un nombre grandissant de nos concitoyens l’auront bien  reçu et compris, croyez le.

Ensuite Monsieur le Professeur, avant l’argutie entre liberté de mourir  et assistance médicale au suicide, sur laquelle je conclurai,  vous développez un vibrant plaidoyer  en faveur des soins palliatifs et des évolutions législatifs récentes, en clair la loi Léonetti/Claeys .

Sur ces développements Monsieur le Professeur, on ne peut qu’être abasourdis.

Je ne vous ferai pas l’injure de croire que vous ne connaissez pas la réalité.

Alors que penser ?

D’après vous, chacun comme  « elle, aurait l’assurance qu’aucun acharnement thérapeutique ne sera mis en œuvre, qu’elle pourra à tout moment renoncer à un traitement de maintien artificiel en vie »

D’après vous chacun comme « elle, a la garantie que si son pronostic vital est menacé à court terme, et qu’elle présente des souffrances réfractaires, elle pourra  obtenir  d’être endormie profondément  et de manière irréversible »

Sans revenir sur la cruauté inacceptable de  l’attente de la survenue de ces douleurs, prémices d’une mort certaine,  la réalité est que chacun, dans cette configuration qui le concerne intimement et seul dans sa liberté d’humain est livré, pieds et poings liés, à des décisions extérieures, diverses, variées,  arbitraires parfois, soit de la part de  potentats locaux, soit de collectifs de « spécialistes »  qui s’autorisent à penser et à décider pour les autres, et en prenant leur temps, soit encore et hélas souvent à l’absence de toute décision et à l’abandon moral qui s’en suit.

D’après vous, chacun comme « elle, aurait l’assurance que durant le temps qui lui reste avant d’en arriver à cette situation terminale, tout sera mis en œuvre pour prendre en compte ses symptômes tant physiques que  psychiques »,  belle certitude……

Aucune, absolument aucune garantie de pourvoir choisir, pour soi même, même les soins, n’existe en France avec la loi actuelle.

  Pouvez-vous l’ignorer, Monsieur le Professeur ?

Monsieur le Professeur, pourriez  vous écrire dans les colonnes du Figaro, que vous même garantissez  la réalité et la véracité de ce que vous affirmez ?

Je dispose de mes  témoignages écrits qui prouvent le contraire, évidemment on peut toujours dire qu’ils sont partiaux ou inexacts mais cela serait débat. Et d’autres surgiraient, j’en suis certaine.

Je ne m’étendrai pas sur vos commentaires sur «  l’embarras des médecins belges » (c’est à eux de l’évoquer, pas à vous en instrumentalisation), ni sur les bilans à faire, ni sur  la technicité  mise en œuvre, tout cela a déjà été largement utilisé et en désinformation.

L’honneur de notre société, écrivez vous, est de proposer  « son soutien solidaire et fraternel », faut t-il que certains  citoyens  ordinaires  soient ingrats pour refuser les bons soins  « solidaires et fraternels », en clair infantilisants, paternalistes, faits aussi, parfois,  d’omissions et de refus d’information proposés « en vrai ».

Faut t-il qu’ils soient réfractaires pour choisir comme dit Anne Bert « la poudre d’escampette » !

Faut t-il qu’ils soient méfiants et injustes pour   croire  que la fuite est la seule issue !

En vrai, aujourd’hui, en France, la mort est volée  aux malades.

En vrai, aujourd’hui, rien ou presque rien ne prépare les étudiants en médecine  à affronter l’ultime mystère, sauf à ce qu’ils se forment eux mêmes par une évolution personnelle et un choix délibéré.

En vrai, aujourd’hui, les familles sont seules et ne trouvent comme interlocuteurs que des « protocoles »  et des écrans à pixels.

Allez, je vais terminer en revenant comme indiqué sur votre distinguo entre liberté de mourir et demande de suicide assisté par un médecin :

Eh bien je vais vous surprendre, je comprends votre ressenti quand bien même j’en déplore l’explication.

Comme il serait digne, respectable, progressiste, humaniste de dire sa clause de conscience, d’en faire un argumentaire construit en vérité, plutôt que de s’accrocher à des polémiques réactionnaires.

Et la clause de conscience, que chacun considère avec respect, ne conduit pas à imposer aux autres ses convictions, elle a toute sa place  en démocratie.

Ainsi, on ne  pourrait plus voir un Docteur Bonnemaison détruit par ses pairs.

Ainsi chacun, selon ses convictions saurait comment accompagner sa fin.

Voyez, Monsieur le Professeur, moi aussi, je rêve !

Recevez mes salutations

Danielle STIVAL

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